ESG, ISR et Raison d’être : Effets de mode ou nécessité pour le Conseil d’Administration ?

Incitées à se doter d’une raison d’être par la loi Pacte de 2019, les grandes entreprises ont largement répondu à l’appel. Cela, d’autant plus avec la crise sans précédent de Covid-19 et la COP26. Ces structures ont également repensé leurs stratégies en priorisant de nouvelles tendances, notamment les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et Gouvernance) et l’ISR (Investissement Socialement Responsable).

La gouvernance d’entreprise sous pression

Avec le temps, les entreprises ont été de plus en plus nombreuses à développer une raison d’être. Le phénomène a été largement dopé par la loi Pacte pour la croissance et la transformation des entreprises. De manière plus globale, le mouvement a été poussé par les investisseurs, notamment ceux écoresponsables. Nombreux sont ainsi les grands noms du CAC40 à avoir consciencieusement dressé les lignes permettant de les définir. EDF, Danone ou encore Carrefour ont même inscrit cette raison d’être dans leurs statuts.

  • Adhésion des investisseurs et raison d’être des entreprises

L’adhésion des investisseurs à l’entreprise s’explique encore plus aujourd’hui lorsqu’il existe un « business case » de la raison d’être. Il s’agit de ne pas prioriser uniquement les seuls et uniques bénéfices mais de tenir compte d’autres impératifs comme le développement durable. Or, le fait de prioriser d’autres éléments que le simple bénéfice conduit bien souvent l’entreprise à être plus rentable, en tout cas sur le long terme. Cela a d’ailleurs été confirmé pendant la crise du Covid-19, où certaines entreprises ayant de bonnes évaluations aux critères ESG se sont maintenues en Bourse. Encore faut-il que la raison d’être soit imbriquée à ces dimensions de manière permanente. Que les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU soient respectés et que le Conseil d’Administration soit placé au centre du dispositif.

  • Critères ESG et stratégie d’entreprise pérenne

En France, l’importance de la raison d’être figurait d’ailleurs dans les recommandations des investisseurs faites par l’Institut du Capitalisme responsable (ICR) en 2020. Cela rejoint l’envie des investisseurs de connaître la vision de l’entreprise, dans une logique d’investissement sur le long terme. Ces derniers souhaitent savoir comment l’entreprise interagit avec son écosystème, d’autant plus avec la crise que nous traversons. Les critères ESG occupent alors une place prépondérante lorsqu’on sait que ces éléments permettent de déterminer les centres d’intérêt d’une entreprise pour son environnement, sa gouvernance et sa situation sociale.

Ainsi, pour mettre en place une stratégie d’entreprise de grande qualité, il convient de tenir compte de ces indications comme générateurs de valeur. Le board doit inclure ces éléments pour garantir la pérennité de l’activité.

Enjeux et avantages pour les Conseils d’administration

Les entreprises évoluent chaque jour dans une conjoncture très changeante. On l’a vu ces dernières années, plus encore avec la crise du Covid-19 qui a tout bouleversé. Les grandes entreprises disposent encore, pour un temps plus ou moins restreint, de ressources excédentaires. Cela leur permet notamment de s’adapter aux nouvelles exigences et attentes de l’économie par rapport aux enjeux de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE).

Dans la quête toujours plus importante de transformation des entreprises, l’objectif est d’augmenter sa sensibilité aux intérêts des différentes parties prenantes, ce qui a de nombreux avantages en pratique. Les critères ESG et l’Investissement Socialement Responsable (ISR) ne prennent pas seulement en compte le bénéfice à court ou moyen terme. Ces éléments portent entre autres sur la manière qu’a l’entreprise de faire face aux nouveaux défis du XXIe siècle (pollution, émissions de CO2, déchets, changement climatique, gestion du capital humain, parité hommes/femmes, santé, sécurité, rémunération des dirigeants, corruption, structure des conseils d’administration …). Il apparaît qu’une entreprise qui respecte les engagements ESG a plus de chances que la concurrence de générer des performances solides et de trouver des investisseurs de qualité. Lorsqu’elle souhaite créer de la valeur supplémentaire pour les parties prenantes (clients, salariés, fournisseurs, environnement), cette solution est particulièrement adaptée.

En outre, le fait de trouver une raison d’être performante participe grandement à cette nouvelle mouvance plus humaniste. Cela va dans le sens d’une meilleure gouvernance d’entreprise et donc d’une pérennité de l’activité au fil des années.

Indicateurs extra financiers : nécessité de reporting pour créer de la valeur

Les critères ESG et la raison d’être de l’entreprise sont autant d’indicateurs extra financiers. Autrement dit des éléments liés aux implications environnementales, sociales et de gouvernance de l’entreprise. Le reporting extra-financier est un point majeur dans la politique de responsabilité sociétale de la structure à l’égard de la société, des citoyens et des parties prenantes. Aujourd’hui, les documents de rapportage n’incluent plus uniquement les strictes données financières mais également tout un ensemble de données permettant de suivre l’évolution de ces indicateurs.

  • Cadre légal du reporting d’indicateurs extra financiers

Le 22 octobre 2014, une directive sur la publication d’informations extra financières et de diversité a permis aux entreprises de s’organiser pour reporter ces indicateurs clés de performance. Que ce soit sur la politique environnementale, sociale, de gouvernance et de raison d’être plus générale de la structure. Les entreprises devaient également décrire les risques principaux pour l’environnement et la gouvernance, en précisant les plans d’action pour y remédier.

Depuis 2017, cette directive est transposée dans le Code de commerce, notamment aux articles L. 225-102-1 et R. 225-104. La loi impose donc aux entreprises dépassant des seuils précis d’établir une déclaration de performance extra-financière chaque année.

  • Les bénéfices de la mise en place et du suivi de ces indicateurs

Mettre en place et suivre ces indicateurs clés permet de piloter au mieux la stratégie de l’entreprise. En effet, ces indicateurs sont autant d’outils clés sur la performance de la société, ce qui lui permet d’être plus transparente à l’égard des parties prenantes tout en faisant la promotion de ses actions auprès des investisseurs potentiels.

L’entreprise montre ainsi à la société son attachement pour les enjeux d’aujourd’hui et fait preuve de responsabilité à l’égard de ce qui l’entoure. En adoptant par exemple le label Greenfin, créé par le Ministère français de la Transition Ecologique pour garantir la qualité verte et écoresponsable des fonds d’investissement. Ce label est destiné aux acteurs financiers qui placent le bien commun au cœur de leurs préoccupations, à travers des pratiques durables et transparentes.

Quid de la performance économique : corrélation entre indicateurs financiers et extra financiers

Lorsqu’il est question de performance économique, il est nécessaire de ne pas créer de césure stricte entre les indicateurs financiers et extra financiers. En effet, ces deux thématiques peuvent parfaitement bien s’imbriquer pour créer une synergie positive en faveur de l’entreprise. C’est notamment le cas d’une gouvernance durable, qui impacte la performance globale de l’entreprise en veillant notamment à éviter la corruption ou le manque de diversité hommes/femmes.

Les indicateurs extra financiers contribuent à réduire les coûts, notamment en optimisant la consommation d’eau et de ressources et en adoptant une meilleure organisation logistique. Ils augmentent aussi les recettes, par exemple en valorisant les déchets ou en intégrant une démarche qualité aux produits pour répondre aux attentes des clients. Ces indicateurs participent aussi à améliorer l’image de l’entreprise et sa réputation puisque les parties prenantes seront sensibles aux efforts menés pour réduire l’impact sur l’environnement et encourager les démarches sociales et une meilleure gouvernance. Enfin, la société gagne en attractivité auprès des investisseurs puisque ces initiatives extra financières limitent les risques financiers pesant sur la société du fait d’une mauvaise gestion environnementale, sociale et de gouvernance.