Dans un entretien récent accordé à LegalTech Hub (interview en anglais), Nadim Baklouti, co-CEO de DiliTrust, décrit une transformation structurelle à l’œuvre dans les directions juridiques d’entreprise.
Cette évolution ne consiste pas simplement à ajouter de nouveaux outils. Elle implique de repenser les fondations technologiques sur lesquelles repose l’activité juridique.
Pendant longtemps, l’adoption des technologies juridiques a suivi une logique progressive : intégrer un outil spécialisé pour chaque besoin.
- Un outil de gestion des conseils d’administration pour organiser les réunions du board
- Une solution de gestion des entités juridiques
- Une plateforme de gestion du cycle de vie des contrats pour les contrats (CLM)
- Un outil de gestion des affaires juridiques (matter management) pour suivre les dossiers internes et externes
Cette approche peut fonctionner au départ, notamment dans les organisations de petite taille. Mais lorsque l’entreprise grandit et que l’activité se complexifie, elle atteint rapidement ses limites. Les outils se multiplient, les données se fragmentent et la cohérence globale disparaît.
Pour Nadim Baklouti, le véritable problème n’est pas celui des fonctionnalités. C’est un problème de structure.
Qu’est-ce qu’un Legal ERP ?
Un Legal ERP (Enterprise Resource Planning appliqué au juridique) est un système d’exploitation unifié qui connecte les fonctions clés de la direction juridique dans un environnement structuré unique.
Plutôt que d’empiler des outils indépendants, un Legal ERP réunit dans un même système de référence : la gouvernance, la gestion des entités, les contrats, les dossiers juridiques, la documentation.
Nadim Baklouti décrit cette évolution comme fondamentale :
« Je pense que l’histoire de DiliTrust reflète assez bien l’évolution du secteur juridique : on est passé d’outils ponctuels à une forme complète de Legal ERP. »
La différence ne réside pas uniquement dans le nombre de modules, mais dans la manière dont ils interagissent entre eux.
Pourquoi l’approche par outils atteint ses limites
Historiquement, les directions juridiques se sont souvent retrouvées dans l’une de ces deux situations :
- des équipes travaillant sans système juridique dédié
- des équipes utilisant plusieurs plateformes déconnectées
Dans les deux cas, obtenir une vision consolidée de l’activité juridique reste difficile.
Comme l’explique Nadim Baklouti :
« Pendant longtemps, le juridique est resté un peu en retrait en matière d’innovation technologique. Il était — et reste parfois — courant de voir des juristes travailler avec des outils conçus pour la finance ou les achats. »
Mais cette situation évolue rapidement.
Aujourd’hui, la direction juridique est de plus en plus considérée comme une véritable unité opérationnelle de l’entreprise. Les dirigeants attendent des résultats mesurables et tangibles. Pour que le juridique cesse d’être perçu comme un simple centre de coûts, cette évolution est essentielle.
Lorsque les systèmes sont fragmentés, l’information est dispersée. Des responsabilités clés du juridique (comme le reporting, l’évaluation des risques ou le suivi de la conformité) deviennent alors plus difficiles à exercer.
Comme le résume Nadim Baklouti :
« Les solutions juridiques doivent aujourd’hui être conçues pour les juristes et construites par des juristes. »
De multiples solutions à un système d’exploitation unique
D’autres fonctions de l’entreprise ont déjà effectué cette transition vers des systèmes intégrés.
- Les équipes commerciales travaillent avec des CRM
- La finance fonctionne sur des ERP
- Les ressources humaines s’appuient sur des systèmes unifiés de gestion du capital humain
Ces fonctions reposent sur un système central unique, auquel peuvent s’ajouter des intégrations, mais dont le cœur reste cohérent.
Pour Nadim Baklouti, le juridique suit désormais la même trajectoire :
« Je pense que l’histoire de DiliTrust reflète assez bien l’évolution du secteur juridique : on est passé d’outils ponctuels à une forme complète de Legal ERP. »
Dans cet échange, il décrit l’approche de DiliTrust comme celle d’un Legal ERP : un système d’exploitation unifié qui rassemble dans un même environnement :
- la gouvernance
- la gestion des entités
- les contrats
- les dossiers juridiques
- la documentation
La différence ne tient pas simplement au nombre de modules, mais à la manière dont ces modules fonctionnent ensemble.
L’interopérabilité en pratique
DiliTrust repose sur un système intégré, comme nous l’avons décrit dans notre vision du secteur juridique à l’horizon 2026.
Concrètement, cela signifie par exemple :
- qu’un contrat peut être relié à l’entité juridique concernée
- que cette entité peut être associée aux dossiers juridiques correspondants
- que ces dossiers peuvent être reliés aux décisions du conseil d’administration et aux seuils de gouvernance
Comme le souligne Nadim Baklouti :
« L’objectif n’est pas seulement l’efficacité. Il s’agit de fournir aux General Counsel une vision consolidée qui leur permette de comprendre les risques dans leur contexte et en temps réel. »
Au lieu de naviguer entre plusieurs outils, les équipes juridiques travaillent dans un environnement structuré unique. La visibilité s’améliore, la communication devient plus fluide et le reporting gagne en fiabilité.
On s’éloigne ainsi d’un pilotage ponctuel, souvent déclenché dans l’urgence lors d’audits ou de crises. La supervision devient continue et maîtrisée.
De nombreuses organisations adoptent ce modèle progressivement : elles commencent par un cas d’usage précis, puis élargissent l’usage à mesure que leur maturité en matière de données progresse.
Avec l’essor de l’intelligence artificielle dans la LegalTech, cette interconnexion devient encore plus essentielle.
À l’ère de l’IA, la structure devient déterminante
L’intelligence artificielle a également été abordée lors de cet entretien, mais toujours sous cet angle structurel.
Comme l’explique Nadim Baklouti :
« Nous pensons qu’on peut disposer de la meilleure technologie d’IA, mais sans les données et les systèmes adéquats en dessous, elle reste inutile. »
Plutôt que de fonctionner comme un outil isolé basé sur des prompts, l’IA de DiliTrust s’inscrit directement dans la plateforme.
En ayant accès aux contrats, aux entités, aux dossiers juridiques, aux données de gouvernance et à l’historique documentaire, elle peut produire des analyses contextualisées.
Comme le résume Nadim Baklouti :
« Une IA sans contexte reste limitée. Lorsqu’elle opère dans un environnement juridique structuré, elle peut faire émerger des analyses que des outils isolés ne peuvent pas produire. »
Qu’il s’agisse de proposer des modifications contractuelles alignées sur les seuils de délégation ou de générer des synthèses de dossiers croisant plusieurs sources d’information, l’IA devient alors une extension naturelle du système juridique de référence.
L’évolution vers un Legal ERP ne concerne donc pas seulement la consolidation des outils. Elle consiste à construire l’infrastructure qui permet aux directions juridiques de gagner en visibilité stratégique et d’adopter l’IA de manière responsable.
Plus qu’une stratégie produit
Au-delà de la technologie, la comparaison avec un ERP reflète également une philosophie de long terme chez DiliTrust.
L’entreprise privilégie des relations clients qui s’inscrivent dans la durée, mesurées en années plutôt qu’en cycles de vente. De nombreuses organisations ont d’ailleurs utilisé les premières versions du logiciel et ont progressivement élargi leur utilisation à mesure que leurs opérations juridiques se structuraient.
Le modèle du Legal ERP s’inscrit dans cette logique : construire l’infrastructure qui permet aux directions juridiques d’exercer pleinement leur rôle stratégique.
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