La cybersécurité et le juridique : pourquoi la responsabilité du risque dépasse le cadre du DSI

La cybersécurité n’est plus confinée à l’IT. Elle engendre une exposition réglementaire, des répercussions réputationnelles et une responsabilité au niveau du conseil d’administration. Pour cette raison, chaque incident cyber devient rapidement une affaire juridique. Non pas parce que le juridique gère l’infrastructure. Mais parce que la cybersécurité est désormais au cœur de la gouvernance.

Pendant des années, la cybersécurité a été présentée comme un mandat technique piloté par les DSI et les RSSI. Elle se concentrait sur les systèmes, les contrôles et les plans de réponse aux incidents. Cependant, cette approche ne reflète plus la réalité. Aujourd’hui, un incident cyber déclenche immédiatement une réaction en chaîne :

  • Des obligations de divulgation sont activées.
  • Les régulateurs interviennent.
  • Les conseils d’administration exigent des réponses.
  • Le risque contentieux émerge.
  • La responsabilité des dirigeants est engagée.

En bref, lorsque l’impact est à l’échelle de l’entreprise, la responsabilité ne peut plus reposer uniquement sur l’IT.

Cybersécurité et juridique : un lien structurant par la gouvernance

Dans une récente tribune sur la gouvernance de l’information, Rupali, Head of Legal Expertise and Alliances en Amérique du Nord chez DiliTrust, formulait une observation essentielle : les entreprises ne fonctionnent pas grâce aux données, mais grâce à l’intelligence. Par ailleurs, l’intelligence repose sur la discipline, la structuration et la responsabilité.

La cybersécurité s’inscrit dans ce même principe, car les dispositifs de sécurité ne sont efficaces que si l’environnement informationnel qu’ils protègent est maîtrisé. Si une organisation ne sait pas quelles données elle détient, où elles se trouvent, qui en est responsable ou pourquoi elles sont conservées, aucune sophistication technique ne peut éliminer l’exposition au risque.

On ne peut pas protéger ce que l’on ne comprend pas.

C’est à ce point précis que la cybersécurité et le juridique se rejoignent. La direction juridique apporte une vision transversale des obligations en matière de protection des données, des évolutions réglementaires, des engagements contractuels et du risque contentieux. Cette perspective globale est indispensable dans un paysage de menaces façonné par des évolutions technologiques permanentes. De plus, le niveau de vigilance est accru.

Une cybersécurité sans gouvernance reste réactive. Une cybersécurité alignée avec le leadership juridique devient défendable.

Pourquoi cette évolution : le cyber-risque est devenu un risque pour la valeur de l’entreprise

Le passage d’une préoccupation technique à un impératif de gouvernance est déjà engagé.

Les analystes de Gartner ont identifié la transformation de la gouvernance comme une tendance stratégique majeure dans leur rapport « Top Trends in Cybersecurity for 2026 ». Cette évolution reflète une réalité plus large : les organisations évaluent désormais le risque cyber en des termes que les dirigeants et les conseils comprennent le mieux, à savoir la valeur actionnariale*. Selon le rapport, 93 % des administrateurs considèrent le risque cyber comme une menace pour la valeur actionnariale. De plus, 98 % estiment que cette menace augmentera au cours des deux prochaines années.

Aujourd’hui, les conseils d’administration ne demandent plus simplement si les pare-feu sont à jour. À présent, l’attention se porte sur la qualité de la supervision et la capacité à démontrer la maîtrise de l’exposition au risque.

Par ailleurs, les régulateurs renforcent leurs exigences : de nouvelles obligations imposent des délais de notification stricts et élargissent la responsabilité des dirigeants. Une fois encore, cela démontre que les décisions en matière de cybersécurité ont désormais des conséquences juridiques directes.

Les technologies émergentes élargissent l’exposition juridique

À mesure que de nouvelles technologies s’imposent dans les organisations, l’interdépendance entre données et sécurité devient encore plus visible. Cela est particulièrement vrai avec l’intelligence artificielle.

Dans le même temps, les entreprises déploient rapidement des solutions d’IA générative, souvent avant que les modèles de gouvernance ne soient pleinement matures. Les collaborateurs expérimentent des outils traitant des informations sensibles en dehors de tout cadre formalisé. Ainsi, de nouvelles zones d’exposition sont créées. De plus, les flux de données circulent différemment entre les systèmes, rendant leur suivi et leur contrôle plus complexes.

Autrefois considérées comme de simples problématiques de sécurité, ces questions soulèvent désormais des enjeux plus larges :

  • Qui peut accéder à quelles données, et dans quelles conditions ?
  • Comment protéger la propriété intellectuelle et les données sensibles ?
  • Quelles sont les limites d’usage autorisées ?
  • Qui est responsable lorsque des contenus générés par l’IA créent un risque réglementaire ou contractuel ?
  • Comment garantir la conformité en matière de protection des données et la capacité de défense en cas de litige ?

La direction juridique est stratégiquement positionnée pour définir le cadre dans lequel ces risques doivent être maîtrisés.

La cybersécurité et le juridique doivent donc fonctionner comme un ensemble cohérent et piloter conjointement la gestion des risques à l’échelle de l’entreprise. À défaut, les efforts de sécurité peuvent réduire les vulnérabilités techniques tout en laissant subsister des expositions réglementaires et contractuelles.

Le rôle du leadership juridique dans la stratégie de cybersécurité

Repenser la cybersécurité comme une responsabilité partagée ne diminue en rien le rôle du DSI ou du RSSI. Cependant, cela reconnaît simplement une tendance plus large : la résilience de l’entreprise exige un leadership intégré.

La direction juridique joue un rôle central dans la définition de l’appétence au risque, l’alignement de la stratégie cyber avec les obligations réglementaires et la garantie que les pratiques de gestion des données sont défendables. De plus, le Directeur Juridique (General Counsel) est idéalement positionné pour relier la cybersécurité à la gouvernance. Il l’est aussi pour la supervision du conseil d’administration et à la responsabilité des dirigeants.

Comme le souligne Rupali Patel, la gouvernance de l’information constitue un modèle opérationnel d’entreprise plutôt qu’une simple politique. De la même manière, la cybersécurité doit être envisagée ainsi. En définitive, elle ne relève pas d’un programme technique isolé. Au contraire, elle s’intègre dans l’architecture globale des risques de l’organisation.

Les organisations qui continuent de traiter la cybersécurité comme un silo IT risquent de sous-estimer la véritable nature de leur exposition.
Cybersécurité et juridique sont deux formes complémentaires de protection : la technologie sécurise les systèmes, le juridique garantit la défendabilité.

Dans un environnement marqué par l’innovation rapide et l’exigence croissante de responsabilité, une gestion efficace du cyber-risque repose sur un leadership partagé.

Source :

* Top Trends in Cybersecurity for 2026